THÈSE Pour le diplôme d'Etat de DOCTORAT EN MEDECINE Psychiatrie en Tunsie
ÉTUDE DES THÈSES DE PSYCHIATRIE EN TUNISIE

Conclusion

La recherche en psychiatrie en Tunisie est en partie représentée par les thèses de doctorat soutenues dans les quatre Facultés de Médecine du pays. Ces thèses constituent une importante source d’informations pour tout chercheur. Il serait pertinent de les regrouper sous forme d’une base de données, accessible et facilement consultable par les différents protagonistes en matière de santé mentale. Il est utile que ces thèses répondent à des critères scientifiques rigoureux pour qu’un tel projet puisse participer à la promotion de la recherche en psychiatrie.

Dans cette perspective, nous nous sommes proposés d’étudier les thèses de doctorat traitant d’un sujet de Psychiatrie et soutenues en Tunisie.

Les objectifs de notre étude étaient :

1- de recueillir les résumés des thèses de psychiatrie soutenues en Tunisie et de les classer selon les thèmes étudiés en se référant au codage du DSM-IV-TR.

2- d’analyser la qualité de la rédaction médicale et de la méthodologie statistique utilisée.

3- de présenter la thèse sous forme d’un CDROM interactif.

Nous avons réalisé une étude rétrospective descriptive et comparative.

Nous avons procédé à un échantillonnage systématique de toutes les thèses de doctorat en médecine traitant d’un sujet de psychiatrie, soutenues dans toutes les facultés de médecine du pays (Tunis, Sfax, Sousse et Monastir) avant le premier juillet 2005, répertoriées à la bibliothèque de la faculté de médecine de Tunis et/ou à la bibliothèque de l’Hôpital Razi.

Nous avons ainsi recensé 271 thèses de psychiatrie parmi 11 069 thèses, toute spécialité confondue. Ce qui équivaut à un taux de 2,44%.

Notre échantillon était réparti en :

- 51,7 % des thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Tunis.

- 20,7 % des thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Sfax.

- 17,6 % des thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Monastir.

- 10 % des thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Sousse.

Notre population d’étude a été répartie en deux groupes : Un premier groupe a été composé de thèses qui ont adopté la structure IMRAD (IMRAD totalement ou partiellement respectée, désigné par Th R) et un deuxième groupe a été composé de thèses qui ont adopté une structure non IMRAD (désigné par Th NR).

L’étude comparative a porté sur ces deux groupes.

Il ressort de notre étude que :

La première thèse de Doctorat en Médecine en Tunisie a été soutenue à la Faculté de Médecine de Tunis (FMT) en 1971. La première thèse de psychiatrie a été soutenue 6 ans plus tard soit en 1977. Le nombre de thèses de psychiatrie a par la suite rapidement progressé. Il est passé de 13 thèses soutenues à la FMT durant la période 1977-1984 à 58 thèses soutenues durant la période 1998-2005.

Les thèmes étudiés par les thèses soutenues à la FMT avant 1990 étaient par ordre de fréquence décroissant : la Thérapeutique, la schizophrénie, les Systèmes de classification ou d’enseignement et la toxicomanie. À partir de 1990 l’intérêt a plus porté sur l’étude de la Schizophrénie qui a pris la première place dans le classement sus cité. Dès 1996, un remaniement a été opéré à la faveur des troubles de l’humeur puis des troubles anxieux ou de la personnalité.

Les thèses de psychiatrie étaient élaborées par des thésards âgés en moyenne de 30 ans, majoritairement de sexe masculin (66,1 %) et dirigées par des Psychiatres (Adultes ou Pédopsychiatres) dans 91,6 % des cas.

La médiane des nombres de pages composant ces thèses était de 105 avec un minimum de 27 pages et un maximum de 418 pages.

Les titres étaient composés en moyenne de 12 mots. Ils avaient un contenu informatif en position forte dans trois quarts des cas (78,9 %). Ils comportaient des mots inutiles dans 60,2 % des cas représentés surtout par l’expression « à propos de ». Ils avaient un ton neutre dans la majorité des cas (96,3 %). Les titres de type « court et précis » étaient prépondérants (49,8 %). Ils ont été jugés inadéquats au thème traité dans un quart des cas (19,5 %).

Les mots-clés étaient en moyenne au nombre de 4. Les mots les plus utilisés étaient par ordre de fréquence décroissant : Psychiatrie, Epidémiologie, Schizophrénie et Prévention.

La structure du plan la plus utilisée était de type « IMRAD partiellement respectée » (57,5 %). Les Th R étaient les plus représentées avec une fréquence de 62,5 %.

Les chapitres « Introduction » avaient une partition personnalisée dans un tiers des cas (31,9 %). L’objectif principal le plus cité était la description du profil d’une maladie ou d’un comportement dans une population donnée (41 %). Les trois erreurs les plus fréquemment rencontrées étaient : La présentation d’une information ou d’une donnée chiffrée sans référence (43,6 %), l’emploi du futur (26,8 %) et la digression (20,6 %).

Les chapitres « Partie Théorique » étaient présents dans la majorité des cas (95 %). Ils étaient personnalisés dans leurs structures, mettaient en revue : les concepts, les systèmes de classifications, les définitions, les étiopathogénies des troubles psychiatriques, la clinique, le pronostic et la prise en charge des différentes pathologies mentales.

Les chapitres « Matériel et Méthodes » où leurs équivalents ne comportaient pas de précision sur les critères d’inclusion ou de non-inclusion des populations étudiées et sur les périodes d’études dans respectivement 24,4 %, 62,2 % et 16,9 % des cas. De même, les populations sources et d’études n’ont pas été décrites dans respectivement 84,6 et 74 % des cas. L’échantillonnage était dans la majorité des cas de type « systématique » (30 %) suivi des types « arbitraire » (13,9 %) et « tirage au sort » (8,3 %). Les systèmes de classifications ont été précisés dans presque la moitié des cas (44,3 %). Les outils utilisés pour le recueil des données n’ont pas été précisés dans un quart des cas (26,5 %). Les tests psychométriques et statistiques n’ont pas été précisés dans respectivement 32,5 % et 47 % des cas. Des logiciels statistiques ont été utilisés (41,9 %) et le logiciel Epi Info était le plus représenté (27,7 %). Les trois erreurs les plus fréquemment rencontrées étaient : l’emploi d’un style télégraphique (27,8 %), la présence d’un commentaire (21,9 %) et la présence de données marginales (13 %).

Les chapitres « Résultats » respectaient la chronologie d’exposition des critères de jugement dans la majorité des cas (90,7 %). Les pourcentages étaient fréquemment présentés sans intervalles de confiance (99,6 %) et comportaient dans un quart des cas (24,8 %) des décimales inadéquates par rapport aux effectifs étudiés. Les moyennes n’étaient pas accompagnées par des écart-types dans approximativement deux tiers des cas (64,7 %). Les variables subjectives étaient mesurées dans un quart des cas (27,5 %) et elles étaient toutes exprimées par des scores (100%). Ces chapitres comportaient des tableaux (87,3 %) et des figures (73,5 %). Les trois principales erreurs retrouvées dans la conception et la présentation des tableaux étaient : des parties souches non respectées (61,7 %), la présence d’un nombre de lignes > 7 (51,5 %) et la présence d’unités de mesure dans les corps des tableaux (49,3 %). Les figures étaient majoritairement représentées par les histogrammes en bâtonnets (56,9 %) suivis par les camemberts (30,8 %) et les tracés de courbes (6,7 %). Les trois principales erreurs retrouvées dans les figures étaient : l’absence d’appellation dans le texte (34,4 %), l’absence de numérotation (21,4 %) et l’absence de titres (14,1 %). Les trois erreurs les plus fréquemment retrouvées dans ces chapitres étaient: la présence de commentaires (57,2 %), une allusion à la population étudiée (53,6 %) et la présence d’explications (47,6 %).

Les chapitres « Discussions » parfois appelés commentaires ou études analytiques ont été présents dans 96,1 % des cas. Ils sont majoritaires à ne pas avoir statué sur l’atteinte de l’objectif fixé au départ (95,2 %). Ils n’ont pas jugé la validité des résultats dans la moitié des cas (56,6 %). Ils n’ont pas déterminé la portée des résultats dans le tiers des cas (33,1 %). Ils ont respecté la chronologie d’exposition des critères de jugement dans la majorité des cas (71,5 %). Ils n’ont pas fait de comparaisons avec d’autres études dans un quart des cas (23,5 %). Ils n’ont pas expliqué les raisons de leurs choix dans presque la moitié des cas (48,6 %). Ils n’ont pas exposé les biais statistiques dans 57,5 % des cas. Les biais statistiques les plus cités étaient les biais de sélection puis de mesure. Les trois erreurs les plus fréquemment rencontrées étaient : la discussion sur des généralités (32,3 %), la répétition de ce qui a été dit dans l’introduction (8,8 %) et la présentation d’un résultat non cité dans le chapitre Résultats (8 %).

Les chapitres « Conclusion » ont, en général, exposé les sujets d’étude, les objectifs fixés, la méthodologie suivie puis ont réuni les résultats les plus importants et ont fini par émettre des conclusions et des perspectives d’avenir dans certains cas.

Les chapitres « Références » ont été improprement appelés « Bibliographie » dans 60,5 % des cas. Ils étaient majoritairement composés d’articles originaux. Le système de classification des références le plus utilisé était le système alphabétique numérique (95,4 %).

Les Résumés étaient présents dans 54 % des thèses. Ils avaient un contenu informatif dans la majorité des cas (95,7 %). Ils avaient adopté la structure IMRAD dans 56 % des cas. Les trois erreurs les plus rencontrées étaient : l’emploi d’une expression émotionnelle (9,3 %), l’utilisation d’adjectifs ou adverbes creux (5,7 %) et l’utilisation d’abréviations inexpliquées (4,3 %).

Presque un tiers des thèses (31 %) n’a pas statué sur la nature des études épidémiologiques menées. L’analyse des différents types d’études épidémiologiques a objectivé une répartition des études différentes de celle rapportée par les thésards. Nous avons surtout objectivé une confusion dans les définitions des types d’études avec son corollaire pratique un nombre d’études considérées par excès comme étant des études prospectives ou par défaut comme étant des études transversales. Nous avons estimé que 78,5 % des études étaient les plus appropriées aux objectifs fixés au départ.

Des différences significatives ont été notées entre les Th R et les Th NR aussi bien dans la qualité rédactionnelle que méthodologique. Elles étaient à la faveur des Th R.

Il est utile de préciser que la réalisation de notre étude a été limitée par des difficultés pratiques et des biais statistiques.

Les difficultés pratiques étaient surtout liées à l’absence de classification thématique ou par spécialité des thèses de psychiatrie dans les bibliothèques consultées.

Les biais statistiques de sélection étaient dus soit à l’existence de thèses de psychiatrie non répertoriées par défaut de la procédure d’échange des documents entre les différentes Facultés soit au contenu même des thèses dont certaines ont survolé le thème psychiatrique alors qu’il était supposé le sujet principal de ces études.

Les biais statistiques de mesure étaient en rapport avec l’absence d’outils spécifiques servant à l’évaluation des thèses. Pour pallier ce biais nous nous sommes référés lors de l’élaboration de notre fiche épidémiologique au « Guide d’analyse de la littérature et gradation des recommandations » publié par l’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé, France) en Janvier 2000 et à l’étude de Laccourreye O. menée en 1999 sur l’évolution de la rédaction médicale de l’article original dans les annales d’Otolaryngologie et de chirurgie cervico-faciale.

L’intérêt que nous avons porté à l’étude des qualités rédactionnelles et méthodologiques des thèses en psychiatrie s’explique par l’importance accordée de nos jours au style rédactionnel et à la méthodologie statistique des travaux de recherche.[64] En effet, la rigueur scientifique exige de tout chercheur de respecter les règles élémentaires lors de la rédaction d’un article médical.

La thèse de doctorat en Médecine est à l’instar de l’article original, un travail de recherche qui doit répondre dans son fond et sa forme à une logique scientifique. Le fond assure la validité du travail, la forme assure la lisibilité et la transmission du message. Farvor [61] comparait la rédaction d’un article médical à la vitre d’un aquarium. La vitre de l’aquarium serait la rédaction, et ce que renferme l’aquarium, le contenu scientifique de l’article. L’intérêt qu’il convient d’attribuer à l’aspect rédactionnel est primordial : si la vitre d’un aquarium est opaque ou sale, il est impossible d’en admirer le contenu.

La rédaction médicale procède de la science et non de la littérature, elle n’est pas un exercice de rédaction littéraire mais une technique qui doit être enseignée au même titre que l’anatomie ou les techniques chirurgicales. Cet enseignement a démarré en 1970 à Houston par L. Debakey, en 1975 par Farvor en Grande-Bretagne, les années 80 à Tours et en 1992 à la faculté de médecine de Tunis.[60]

Mais la rédaction ne constitue pas pour autant un objectif en soi : personne ne regarde un aquarium pour ses vitres si l’on reprenait la métaphore de Farvor. Il est donc primordial de bien concevoir le contenu scientifique de l’article médical en veillant à la clarté des objectifs, la rigueur de la méthode et l’utilité des résultats.

La thèse de doctorat en Médecine revêt une importance particulière puisqu’elle est le premier apprentissage obligatoire à l’exercice de rédaction. Elle représente donc une étape d’initiation pour les étudiants durant laquelle ils sont tenus d’appliquer les principes de la rédaction scientifique.

La thèse qui répond aux critères d’une bonne rédaction médicale et qui suit une méthodologie statistique appropriée a un meilleur niveau de preuve scientifique. Elle peut être publiée dans des revues spécialisées et être lue par un public plus large.

Notre étude a permis de créer une base de données réunissant l’ensemble des thèses de psychiatrie soutenue en Tunisie et répertoriées dans les bibliothèques de la Faculté de Médecine de Tunis et de l’Hôpital Razi. Elle a montré que les thèmes les plus étudiés ces dix dernières années étaient représentés par les troubles de l’humeur, ceci pourrait s’expliquer par l’évolution des systèmes de classification, l’impact des psychotropes et l’élargissement du spectre de la bipolarité rendant la recherche dans ce domaine fructueuse. Ainsi, notre étude apparaît comme un indicateur de l’évolution des idées, des pensées et des pratiques de la Psychiatrie en Tunisie.

Elle a aussi permis de montrer que la structure « IMRAD partiellement ou totalement respectée » était la plus utilisée et que cette dernière offrait une meilleure qualité rédactionnelle et méthodologique. Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que ces structures répondaient à des critères rédactionnels et méthodologiques unanimement admis auxquels les thésards sont tenus de se conformer alors que les structures personnalisées (Non IMRAD) ne répondaient pas nécessairement à ces critères.

Pour la promotion de la recherche en psychiatrie, il serait utile :

1). D’assurer une bonne formation des étudiants, internes et résidents à la rédaction médicale et à la méthodologie statistique ce qui garantirait la bonne qualité des thèses et plus tard des articles médicaux.

2). D’élargir cette base de données afin de pouvoir échanger, comparer et discuter les résultats des différentes études.

3). D’améliorer la qualité des informations scientifiques au sein de cette spécialité.

Références >

© 2005 Karmous Riadh, Dr. Zghal Ahmed